Tout ce que vous devez savoir maintenant sur la COVID-19

Questions-réponses en compagnie de l’urgentiste, le Dr Zachary Levine

Lors de notre dernière entrevue plus tôt en mars, nous en étions encore aux premiers stades de l’acquisition de connaissances sur la COVID-19.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la façon dont le virus se propage et la période d’incubation ?

L’une des rares choses qui n’a pas changé est la façon de contracter le virus. La COVID-19 se propage par le biais de gouttelettes respiratoires expulsées et qui se déposent sur des surfaces.

Selon moi, les gens confondent les termes aéroportés et gouttelettes, car les gouttelettes sont bien sûr aéroportées pendant un certain temps avant de tomber au sol. Les gouttelettes respiratoires ne sont pas petites au point de demeurer longtemps en suspension dans l’air comme dans le cas de la rougeole, par exemple, ce qui les rend moins transmissibles.

La majorité des gens contracte le virus en touchant les surfaces contaminées où les gouttelettes se sont déposées, puis en se touchant le visage. Vous pourriez contracter le virus si une personne éternue ou tousse sur vous, mais le fait de simplement passer à côté d’une personne porteuse du virus n’est pas considéré comme un risque élevé.

En ce qui concerne la période d’incubation, on estime toujours que la période d’incubation de la COVID-19 dure de 1 à 14 jours entre le moment où vous attrapez le virus et celui où vous présentez des symptômes. Le problème est que vous pouvez transmettre le virus avant d’avoir des symptômes.

Combien de temps le virus reste-t-il actif sur les surfaces ?

Des études indiquent qu’il peut rester actif jusqu’à 4 heures sur le cuivre, jusqu’à 24 heures sur le carton, et durant 2 à 3 jours sur le plastique et l’acier inoxydable. Voilà pourquoi, il est important de tout désinfecter.

Les symptômes de la COVID-19 ont-ils évolué ?

Les symptômes de la COVID les plus courants sont toujours la fièvre, la toux et l’essoufflement. Cependant, nous reconnaissons que d’autres symptômes peuvent également apparaître. J’ai vu une patiente de 80 ans dont les premiers symptômes étaient une faiblesse et un épisode de diarrhée. Ne présentant aucun des symptômes courants, cette patiente n’a pas été testée au départ. Mais quand nous l’avons fait, son résultat était positif à la COVID-19. Selon l’endroit où vous vivez et l’hôpital où vous allez, les protocoles diffèrent. Là où je travaille (au Réseau universitaire de santé de Montréal – CUSM), de nombreux patients qui se présentent à l’urgence sont maintenant testés. Nous testons les personnes présentant des vomissements, de maux de tête, de pertes olfactives aiguës et de la diarrhée. Nous testons les personnes âgées pour savoir si elles sont faibles et perdent conscience. Je pense qu’il s’agit de la bonne chose à faire.

Le fait de tester de nombreuses personnes, même celles qui sont moins malades, nous donnera une meilleure idée du nombre de personnes infectées par virus et de la mortalité qu’il entraîne réellement. Le test indiquera également combien de personnes sont moins malades tout en étant contagieuses, afin que nous puissions mieux protéger la population.

Nous continuons à demander aux gens de ne pas se présenter aux urgences [avec des symptômes légers]. Qu’il s’agisse de la COVID, de la grippe ou du rhume, vous devez rester chez vous et vous reposer. Il ne faut pas vous approcher des autres.

Pouvez-vous expliquer ce que signifie « aplatir la courbe » ?

Le fait de séparer les gens, par la distanciation sociale et l’auto-isolement, permet de réduire la possibilité d’avoir un très grand nombre de personnes sévèrement malades en même temps, ce qui submergerait le système de santé. Si un grand nombre de personnes sont malades en même temps, nous devrons faire le choix difficile et terrible d’évaluer qui profitera des ressources comme les respirateurs.

L’aplatissement de la courbe signifie que nous pouvons traiter tout le monde dans la limite de nos capacités et de la raison. L’inconvénient est que la période de distanciation sociale finit par être plus longue. Mais une fréquence d’infection plus faible et un nombre de personnes infectées réduit à tout moment signifient que nous pourrons traiter plus de personnes et qu’il y aura moins de cas de mortalité.

Comment les gens peuvent-ils réduire leur risque et celui qu’ils font courir aux autres ?

En restant à la maison autant que possible, en gardant une distanciation sociale de 2 mètres ou 6 pieds des autres, en se lavant les mains correctement et en évitant de se toucher le visage.

Les masques sont devenus un sujet très discuté. Sont-ils nécessaires ?

L’argument du masque est devenu de plus en plus intéressant. Soit les gens sont très fortement pour le port des masques ou contre. Les raisons sont multiples : [dans certains endroits], la disponibilité des masques N95 est rare pour les travailleurs de la santé. Si les masques ne sont pas correctement ajustés, des particules peuvent quand même s’y introduire. Si les masques n’humidifient, ils ne sont pas aussi efficaces. Les personnes qui les portent peuvent également être trop confiantes et ne pas se laver les mains ou se toucher le visage plus souvent.

À mon avis, il n’y a probablement aucun mal à porter un masque lorsque vous sortez. Même les masques en tissu [que beaucoup de gens fabriquent eux-mêmes] peuvent offrir une protection en bloquant certaines particules. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (aux États-Unis) approuvent désormais l’utilisation de revêtements en tissu pour le visage. Mais, même moi je ne porte pas de masque en public ni à l’hôpital lorsque je vois un patient.

Les masques sont plus importants pour les personnes qui présentent des symptômes puisqu’ils protègent les autres, mais je ne condamne pas ceux qui les portent, surtout si cela leur permet de se sentir plus en sécurité.

Si vous décidez de porter un masque, il est essentiel que vous laviez vos mains et que vous évitiez de vous toucher le visage. Et à moins que vous ne soyez un travailleur de la santé, vous n’avez pas besoin d’un masque N95, surtout quand il y a des pénuries dans certains endroits. Si vous en fabriquez vous-même, utilisez un tissu plus épais — les bandanas sont fins et moins efficaces — et assurez-vous de pouvoir laver vos masques.

Au début, on pensait que les personnes immunodéprimées et âgées étaient les plus exposées au risque d’attraper la COVID-19. Est-ce toujours le cas ?

Les adultes contractent généralement le virus au même rythme, quel que soit leur âge. Mais, sur le plan de la mortalité, les personnes âgées sont fortement défavorisées. Les taux d’infection entre 50 et 80 ans semblent assez similaires, puis semblent diminuer pour chaque décennie inférieure. Mais plus vous êtes âgés et pires sont les risques. De plus, plus d’hommes que de femmes meurent du virus et nous ne savons pas encore pourquoi.

Si vous souffrez de certains problèmes de santé, vous êtes plus susceptible d’avoir de mauvais résultats. Parmi les problèmes de santé, on retrouve notamment l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques, l’obésité morbide, les maladies rénales chroniques, les maladies du foie, le diabète, la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et de tout ce qui vous rend immunodéprimé, comme la chimiothérapie, le sida ou une transplantation d’organe. Plus ces maladies sont présentes en même temps, plus votre risque de décès est élevé.

Un temps plus chaud pourrait-il tuer le virus ? Pourrait-il frapper à nouveau à l’automne/hiver ?

Il y a certainement des preuves que le virus réagit à des facteurs tels que la vitesse du vent, la température et l’humidité. Les virus survivent à des températures plus fraîches. Cela étant dit, l’effet de la température n’est pas suffisant pour complètement éliminer une pandémie. La grippe espagnole, par exemple, a atteint son apogée pendant les mois d’été. Le climat aidera, mais il ne suffit pas. Nous devons continuer avec nos mesures actuelles, comme la distanciation sociale, etc.

Il est certain que l’on craint que la COVID récidive à l’automne. Mais, si nous aplatissons la courbe, ouvrons les frontières, et que les gens commencent à voyager, le virus pourrait revenir et nous pourrions avoir un autre pic, quel que soit le temps.

Comment les gens peuvent-ils réduire leurs symptômes s’ils contractent le virus ? (Nous avons entendu dire que des médicaments comme Advil et le sureau peuvent aggraver l’état de santé.)

En général, nous recommandons de prendre du Tylenol, du repos, des liquides et un humidificateur si vous avez mal à la gorge. Certains médecins français déconseillaient l’ibuprofène (alias Advil), mais pour l’instant, ce n’est qu’une observation. Néanmoins, jusqu’à ce que nous soyons sûrs, je ne recommande pas l’ibuprofène, il faut s’en tenir au Tylenol.

Je n’ai pas beaucoup de faits probants pour ou contre le sureau, mais je ne le recommande pas.

Il y a beaucoup de recherche sur les traitements et [pour les cas les plus graves de COVID] nous expérimentons des traitements en utilisant des antiviraux et des médicaments anti-paludisme. Il y a certaines données qui étayent ces traitements, mais il est encore trop tôt pour en être sûr.

Dans quelle mesure devrions-nous nous inquiéter de contracter la COVID-19 par le biais de denrées alimentaires et d’emballages (c’est-à-dire des boîtes en carton) ? Devrions-nous attendre 72 heures avant d’ouvrir les paquets et d’essuyer toute notre épicerie ?

Il n’y a toujours pas de données indiquant que le virus est transmis par la nourriture.

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’attendre 72 heures avant d’ouvrir un paquet. Cependant, le virus peut rester actif sur le carton jusqu’à 24 heures, alors il faut se débarrasser du carton et laver ou essuyer l’emballage.

En vérité, le plus grand risque est de toucher des choses comme les chariots de supermarché et autres surfaces, il est donc important de laver tous les articles qui auraient pu être contaminés.

Quelle est l’idée fausse la plus courante que vous voyez/entendez à propos du virus ?

Certaines personnes croient que seules les personnes âgées peuvent contracter la COVID-19 (ce n’est pas le cas, mais ces personnes présentent un risque de décès plus élevé).

La propagation du virus par des chats et des chiens n’est pas fondée.

J’ai entendu certaines personnes dire qu’il faut être avec quelqu’un pendant 10 minutes ou plus pour contracter le virus. Il est vrai que plus vous restez longtemps avec quelqu’un, plus vous avez de risques de contracter le virus, mais vous êtes plus à risque si la charge virale d’une personne est élevée, et ce, peu importe le temps que vous passez, avec elle.

Si une personne est exposée à la COVID-19 — que doit-elle faire ?

Elle doit s’isoler, se mettre en quarantaine pendant 14 jours, surveiller les symptômes, se tenir à l’écart des autres personnes, mais surtout, surveiller la fièvre, la toux et l’essoufflement. Restez en reclus dans un endroit à la maison, si vous le pouvez.

Si vous avez contracté la COVID une fois, pouvez-vous l’attraper à nouveau ?

Nous n’avons pas encore de réponse définitive à ce sujet. La plupart des personnes qui ont contracté le coronavirus semblent développer une immunité à court terme, mais ce dernier mute rapidement et il est donc possible qu’une autre souche les infecte. Si ce virus ne mutait pas rapidement, les anticorps des personnes qui lui ont survécu pourraient être utilisés pour mettre au point des traitements. Mais nous ne savons pas si vous serez immunisé à vie. On n’a pas encore statué sur cette question.

Sommes-nous plus près de développer un vaccin ou un traitement ?

Nous sommes probablement à un an d’un vaccin. Quant aux traitements, je pense que nous sommes sur le point d’y parvenir. Des études sont en cours et beaucoup de ressources y sont consacrées. Certains traitements sont envisagés comme l’hydroxychloroquine, la chloroquine, les médicaments antiviraux comme le Remdésivir, et la prophylaxie pour aider à combattre la maladie si vous y êtes exposé. À l’hôpital, nous utilisons maintenant une combinaison de médicaments : des antibiotiques et des antiviraux qui se sont avérés prometteurs. Je suis assez optimiste quant aux résultats que nous obtiendrons dans les prochains mois.

Comment ça se passe pour vous et vos collègues du secteur de la santé qui travaillez en première ligne en ce moment ?

C’est une période inquiétante. Il y a beaucoup de facteurs inconnus, nous craignons de ramener le virus dans nos familles. Nous voyons beaucoup plus de personnes atteintes de la COVID. Le véritable problème, ce sont les personnes qui tombent très vite malades et qui doivent se rendre aux soins intensifs. Si une personne a besoin de 4L d’oxygène, nous faisons intervenir l’unité de soins intensifs immédiatement et cela n’était pas le cas avant.

Le personnel de l’hôpital dans lequel je travaille est très attentif et consacre beaucoup de temps à la façon de gérer éventuellement un plus grand nombre de personnes. C’est une période stressante, mais il est bon de constater que les gens collaborent. Nous sommes vraiment reconnaissants du soutien que nous recevons du public. Nous faisons notre travail et j’ai la chance de voir ma famille, mais personne ne sait comment cette situation évoluera. Nous gardons néanmoins espoir.

Le Dr Zach Levine est urgentiste au Centre universitaire de santé McGill et professeur associé à la faculté de médecine de l’Université McGill. Le Dr Zach est un passionné qui aime sensibiliser les gens à propos de leur santé et de la façon d’en prendre soin. Il est régulièrement présent à la télévision, à la radio et dans la presse écrite.