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Mon parcours vers la résilience, une histoire personnelle, par Dr. Adi Jaffe

Par Dr. Adi Jaffe, Ph.D., Médecine des toxicomanies, psychologie

Je m’appelle Adi Jaffe et j’étais toxicomane. J’ai consommé de la méthamphétamine pendant cinq ans. Au cours des trois dernières années de ma dépendance, j’en consommais quotidiennement, et quand je dis quotidiennement, je veux dire toute la journée. J’avais une pipe dans la boîte à gants dans ma voiture; je fumais dans les salles de bains des restaurants et dans les salles de classe; je prenais l’avion avec de la méthamphétamine cachée dans ma valise. J’avais toujours de la méthamphétamine sur moi. J’en ai consommé pour environ quatre ou cinq cents dollars par jour pendant trois années consécutives. Et pour répondre au besoin d’argent, je vendais de la drogue. Ma vie entière était soumise à ces produits chimiques auxquels j’avais donné tant de pouvoir.

Puis je me suis fait arrêter. Cela s’est terminé par une arrestation complète avec l’intervention du groupe d’armes spéciales et tactique dans ma chambre à Brentwood un samedi matin, à 8 heures. Armes à feu braquées sur la tête, policiers hurlants qui prennent d’assaut ma chambre, et me voilà menotté et traîné vers la voiture, direction la prison. Tout ce que vous voyez à la télévision et dans les films. Et je ne vais pas mentir et dire que c’est là que ma toxicomanie a pris fin. Mais c’était un énorme panneau d’arrêt qui me disait qu’il valait mieux commencer à réexaminer ce que je faisais, sinon gare. Le chemin du rétablissement a été long et il m’a quand même fallu environ trois ans pour parvenir à un semblant de vie « normale ». Mais ce que j’ai appris au cours du processus, c’est que je devais apporter des changements suffisamment importants dans ma propre vie pour ne plus vivre comme quelqu’un qui pourrait sombrer de nouveau dans la drogue. J’ai donc vécu ma vie sans compter sur les produits chimiques pour l’améliorer.

Je dis toujours aux personnes avec qui je travaille que tout ce qu’il faut faire pour vaincre la dépendance à jamais, c’est devenir quelqu’un qui n’a pas de dépendance. Cela peut sembler fou pour certains, mais j’ai vu que cela fonctionne suffisamment souvent pour savoir que c’est vrai.

Mon propre cheminement a pris un certain temps…

J’ai passé un an en désintoxication et un an en prison, puis je suis sorti et j’ai essayé de reconstruire ma vie. C’était difficile. J’ai essayé d’obtenir un emploi pendant près d’un an, mais je ne parvenais pas à me faire embaucher en raison de mes antécédents criminels. J’ai fini par retourner à l’école, parce que c’était la seule option qui m’était offerte et j’ai obtenu mon doctorat. J’ai fini par étudier la toxicomanie et maintenant j’aide d’autres personnes à se libérer de leurs propres démons. Cette histoire rassure les gens, mais ce dont beaucoup d’entre eux ne se rendent pas compte, c’est qu’il a fallu plus de 10 ans pour que ce parcours complet ait lieu. Nous perdons de vue le fait que nous pouvons être des héros dans 10 ans parce que nous avons honte de nous-mêmes dans le présent, nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour devenir ces futurs héros.

Et c’est tout simplement inacceptable. Parce que vous êtes déjà un héros. Il faut simplement se le rappeler. Si vous êtes actuellement en convalescence et craignez une rechute, j’aimerais vous donner quelques conseils sur la façon de rester résilient.

Voici comment rester résilient tout au long de la convalescence :

1. CHANGEZ VOTRE POINT DE VUE SUR CE QUE LE RÉTABLISSEMENT SIGNIFIE POUR VOUS

Voulez-vous être sobre ou voulez-vous vous réveiller chaque jour en forme et en amour avec la vie? J’imagine que vous voulez la deuxième option, mais vous (et les méthodes de traitement traditionnelles) portez tellement votre attention sur la sobriété, ce qui vous prépare immédiatement à la rechute et à la honte. Entre 40 et 50 % de mes clients finissent par choisir la sobriété pour eux-mêmes APRÈS avoir fait le dur travail d’introspection et s’être rendu compte que leur ancien mode de vie ne soutient pas la personne qu’ils veulent être à l’avenir, mais je ne me focalise pas sur l’abstinence avant.

Pourquoi? Parce que l’abstinence vous oblige à vous concentrer sur le MANQUE et sur ce que vous devez abandonner (groupes d’amis, habitudes, relations). Si vous vous concentrez sur l’amélioration de votre qualité de vie, cela vous permet de vous réjouir de toutes les choses que vous GAGNEZ en cours de route. C’est pourquoi je crois fermement que nous devons repenser la façon dont nous mesurons le rétablissement. Plutôt que de simplement mesurer le nombre de jours consécutifs d’abstinence, voici d’autres façons dont nous pourrions (et devrions) mesurer le rétablissement : les pourcentages d’abstinence sur une période donnée, la qualité de vie globale et les démêlés avec la justice pénale.

Changer votre point de vue sur ce que vous voulez tirer de votre rétablissement vous aidera à vous sentir habilité par votre décision d’effectuer ce parcours et à rester motivé, même dans les moments difficiles.

2. OBTENEZ LE SOUTIEN DONT VOUS AVEZ BESOIN

Il est essentiel de trouver du soutien pendant votre convalescence. Tant de gens veulent se débrouiller seuls et, bien que ce soit possible, le fait de ne pas avoir de soutien complique tout ce parcours. Une étude que j’ai menée à UCLA sur les raisons pour lesquelles les gens n’entreprennent pas de traitement a fait ressortir le sentiment de honte. Les répondants ont dit qu’ils voulaient agir seuls, et je comprends ce raisonnement, parce que la honte est si accablante, mais ce travail peut être très difficile sans soutien. Si vous avez un groupe d’amis, un partenaire ou une famille qui vous soutient, considérez-vous comme chanceux, mais même eux pourraient ne pas suffire. La vérité, c’est que, à moins qu’ils aient vécu un rétablissement ou qu’ils aient eux-mêmes lutté avec une dépendance, ils ne seront probablement pas en mesure de comprendre vos hauts et vos bas (ce qui peut engendrer une plus grande solitude et accroître la rupture), mais ne vous inquiétez pas. Les groupes spécialisés (virtuels et en personne) pouvant offrir du soutien ne manquent pas. À IGNTD, nous offrons du soutien gratuit par l’entremise de notre groupe FB et de nos séances hebdomadaires de clavardage en ligne. Vous pouvez consulter nos groupes en ligne en direct ici, gratuitement (en anglais uniquement).

3. UNE RECHUTE NE SIGNIFIE PAS QUE VOUS AVEZ ÉCHOUÉ, MAIS PLUTÔT QUE VOUS AVEZ ESSAYÉ

En effet, les personnes qui ont le mieux réussi au monde ont dû s’habituer à l’idée d’« échec » avant d’atteindre le sommet. Thomas Watson, fondateur d’IBM, a déclaré que « si vous voulez augmenter votre taux de réussite, vous devez doubler votre taux d’échec » : voilà une façon différente d’envisager l’échec. Si votre méthode de rétablissement ne fonctionne pas, trouvez-en une qui vous convient ou ajoutez d’autres outils à votre trousse. Par exemple, si les réunions des AA ne fonctionnent pas, les autres options sont nombreuses.

Parfois, les programmes de rétablissement fondés sur l’abstinence ne fonctionnent pas. La recherche montre que la plupart des rechutes sont dues à des déclencheurs, et non à la drogue elle-même. Cela signifie que les gens, les lieux et les choses sont plus susceptibles de mener quelqu’un à rechuter. Si vous vous contentez de retirer une substance sans vous attaquer aux déclencheurs qui vous poussent à la consommer, vous n’irez pas très loin. Si vous faites une rechute, ne vous en prenez pas à vous-même. Cherchez plutôt une autre méthode de rétablissement.

4. SACHEZ QUE VOUS POUVEZ ABSOLUMENT TOUT SURMONTER SI VOUS DISPOSEZ DES OUTILS, MÉTHODES ET DU SOUTIEN ADÉQUATS

Vous êtes déjà votre propre héros. Le fait que vous en soyez arrivé là où vous en êtes et que vous ayez surmonté le traumatisme ou la souffrance fait déjà de vous un héros. Vous n’êtes tout simplement pas tout à fait arrivés là où vous vouliez aller. Et vous ne pensez peut-être même pas que ça soit possible en ce moment, mais croyez-moi, avec les bons outils en place, vous pouvez y parvenir et VOUS Y PARVIENDREZ. Tel un menuisier qui développe son expertise grâce à un ensemble d’outils lui permettant de transformer le bois en maison, le bon programme de rétablissement vous permettra d’examiner la situation en détail pour que vous puissiez comprendre comment les défis et les tribulations que vous avez endurés ont contribué à vos difficultés avec la dépendance. Et vous serez alors en mesure de bâtir une base solide qui mènera à la réussite à long terme. Vous n’êtes pas un perdant. Vous êtes un héros. Vous avez simplement besoin d’aide pour vous en souvenir.

5. LES ÉTIQUETTES « F%$& SHAME » ET « F%$& »

La honte est l’un des principaux obstacles à la recherche d’aide pour une dépendance. C’est pourquoi j’ai créé IGNTD Recovery, une façon de se libérer de sa dépendance sans obstacle dressé sur le chemin. Auparavant, vous deviez prendre des congés pour aller en désintoxication, ou dire aux autres que vous le faisiez, ou vous risquiez qu’on vous catalogue comme un alcoolique ou un toxicomane pour le reste de votre vie si vous assistiez aux réunions des AA.

Si vous comptez parmi les personnes cataloguées, comme moi, je vous demande ici et maintenant de reprendre possession de ce que d’autres vous ont imposé. Oubliez la signification de l’étiquette qui vous a été accolée et commencez à établir votre propre marque. Repérez ce qui vous convient et rejetez ce qui ne vous convient pas. Apprenez-en plus sur vous-même et découvrez une vie qui convient à votre cerveau, à votre corps, à votre monde. Une personne autrefois toxicomane n’est en aucun cas un toxicomane à vie, et j’en suis la preuve vivante.

Tout compte fait, je peux vous dire que j’ai surmonté ma propre dépendance et que je l’ai laissée derrière moi. J’ai vu des centaines d’autres personnes faire la même chose et je sais qu’il peut en être de même pour vous. Si vous commencez à appliquer les principes que je vous ai communiqués ici, vous continuerez de trouver des façons d’améliorer votre propre vie et de réduire votre besoin de dépendre d’une solution à court terme pour dissimuler votre gêne… et les portes de la vie que vous voulez vivre s’ouvriront devant vous.

Je crois en vous. Le temps est maintenant venu pour vous d’y croire !

DR ADI JAFFe, Ph.D. Médicine des toxicomanies, psychologie, Le Dr Adi Jaffe est titulaire d’un doctorat en psychologie de l’Université de Californie, Los Angeles (UCLA). Il donne des cours à l’UCLA spécifiquement sur la dépendance, les statistiques de recherche ou la psychologie biologique et les neurosciences comportementales de manière plus générale. Reconnu pour ses écrits universitaires et en ligne, les opinions du Dr Jaffe sur la dépendance et ses recherches sur le sujet ont été largement publiées dans des revues universitaires, des magazines et des sites Internet populaires. Il a participé à plusieurs émissions de télévision, notamment Good Morning America, The Dr Oz Show, The Doctors et Larry King Now, ainsi qu’à de nombreux documentaires traitant de sujets d’actualité sur la dépendance. Apprenez-en plus sur lui et son travail aux adresses www.adijaffe.com et www.igntdrecovery.com.