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La force de l’acceptation

Par Jenny Tryansky, Coach certifiée en développement personnel

La définition du mot « acceptation » que l’on trouve dans le dictionnaire pose un problème lorsqu’il est question de santé mentale, de bien-être et de croissance personnelle. Cherchez la définition et vous obtiendrez de nombreuses descriptions qui font appel aux mots « consentement », « acceptable » ou « entente ». Quand on accepte les modalités d’un contrat, on est parvenu à une entente. Quand on accepte un nouvel emploi ou une admission dans une école, on accepte habituellement quelque chose qu’on veut et qu’on approuve.

Au l’inverse, parvenir à une position d’acceptation avec soi-même concernant les événements de la vie n’a rien à voir avec le fait d’être d’accord, d’approuver ou même d’aimer ces choses. Il s’agit plutôt d’accepter ce qui est vrai et factuel, tout en délaissant ce qu’il faut délaisser pour trouver la paix en soi.

Comment sait-on si nous avons accepté ce qui est? La réponse n’est ni facile ni directe, mais elle vaut la peine d’être explorée. Pour savoir ce qu’elle est, il est utile de savoir ce qu’elle n’est pas.

LE CONTRAIRE DE L’ACCEPTATION EST LA RÉSISTANCE

Lorsque j’ai entamé mon propre parcours d’enrichissement personnel, je me suis rendu compte que j’avais tendance à résister. Les circonstances que je n’aimais pas me donnaient souvent l’impression qu’elles m’arrivaient à moi, plutôt que de simplement se produire. C’était le premier indice qui indiquait que j’opposais par défaut, une résistance. J’ai commencé à voir et à comprendre le rôle que je jouais dans une grande partie de la souffrance que j’éprouvais au travail, dans ma vie personnelle, et dans de nombreuses situations, qu’elles soient décisives ou sans importance.

J’aime raconter l’histoire d’une journée apparemment banale que j’ai vécue il y a quelques années.

J’avais pris un rendez-vous pour faire réparer l’écran de mon téléphone cellulaire. Selon moi, j’avais le contrôle du déroulement de ma journée. Non seulement les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, mais une série d’événements inattendus ont également eu un effet boule de neige, si bien que ce qui devait être une heure au magasin est devenu pas moins de cinq heures de retard. Ma première réaction lorsque les choses ont commencé à déraper a été la colère. J’étais furieuse, crispée et rancunière, et je voulais que les gens qui « me faisaient subir ça » le sachent. Mais j’ai commencé à m’intéresser aux possibilités qui s’offraient à moi si je résistais moins à ce qui se passait, et si je me permettais plutôt d’accepter les faits.

J’ai décidé de me poser la question : « quelles seraient mes options si j’acceptais ce qui se passe en ce moment au lieu de m’y opposer? » Plutôt que de rester assise à attendre dans le magasin, bouillante et fulminante de colère (ce qui ne m’aurait fait que du mal), j’ai laissé mon sentiment de déception être, et j’ai décidé de passer le temps en allant savourer un bon dîner. Mon départ ne signifiait pas pour autant que la situation, c’est-à-dire le fait que mon rendez-vous n’avait pas été honoré, soit acceptable. Mais il me permettait de passer le temps dont je disposais maintenant d’une façon considérablement plus agréable. Au lieu de m’emporter avec fureur et indignation lorsqu’on m’a annoncé après deux heures d’attente que je devrais attendre une heure et demie de plus, j’ai accepté les faits, même si je ne les aimais pas, et je suis allée faire une belle promenade. C’est ainsi que la journée s’est poursuivie. Plus il y avait d’imprévus qui échappaient à mon contrôle, plus j’acceptais. En fin de compte, j’avais passé une très bonne journée même si elle s’était déroulée différemment de ce que j’avais prévu. Ce n’est pas ce que j’aurais choisi de faire de mon temps, mais ma volonté d’accepter ce qui était au lieu de lutter contre les événements a eu un effet positif et m’a finalement permis de préserver mon sentiment de bien-être.

Cela ne veut pas dire que l’acceptation sera une source de plaisir dans toutes les cas. Parfois, une situation est tout simplement pénible, décevante et douloureuse. Dans ces cas, l’acceptation se réfère au fait de reconnaître ces émotions désagréables sans vous juger vous-même de les avoir ressenties.

Mon expérience m’a permis de comprendre à quel point la résistance interne peut être nuisible, à quel point elle est malsaine et peut nous retenir, et au contraire à quel point l’acceptation peut être puissante, car elle permet d’ouvrir une voie plus paisible.

ACCEPTER SANS JUGER

La vie est faite de situations. Notre attitude, nos pensées et nos jugements à leur égard, ainsi que notre tendance à les qualifier de « bonnes » ou de « mauvaises », influent sur notre façon de les vivre. Bien que nous acceptions les bonnes choses sans sourciller, c’est dans ces situations que nous qualifions de « mauvaises » que nous opposons habituellement une résistance.

Peu importe que nous soyons déçus par un être cher, que nous ayons reçu un diagnostic de maladie, que nous laissions passer une possibilité d’emploi ou que nous traversions une pandémie mondiale, résister à ce qui est vrai ne changera rien à la situation ou ne la rendra pas moins désagréable. En fait, cela ne fait qu’ajouter une dimension supplémentaire : la souffrance.

La douleur est une expérience humaine inévitable. Associée à l’acceptation, la douleur ne disparaît pas; mais associée à la résistance, ou à la non-acceptation, la douleur s’accompagne de souffrance. La douleur que nous ressentons en réaction à une situation demeure, et notre résistance ajoute une couche supplémentaire d’émotions désagréables en plus d’intensifier et de prolonger la lutte.

N’oubliez pas que l’acceptation ne signifie pas que vous êtes d’accord avec la situation, ni que vous vous résignez ou que vous niez votre désapprobation ou vos besoins. Cela signifie accepter la réalité des faits d’une situation, tout en validant vos propres sentiments sur ce qui s’est passé, même s’ils sont désagréables et pénibles.

L’une de mes descriptions préférées de l’acceptation est celle qu’en donne Steven Hayes, psychologue clinicien, qui la décrit comme « une adhésion active et neutre à l’expérience de l’ici et maintenant ». Ne pas porter de jugement, c’est regarder ce qui est vrai et non ce que votre esprit vous dit sur ce qui est vrai. Accepter les faits et non le récit que nous tissons avec les faits. Lorsque nous nous disons « ça ne devrait pas se passer ainsi » ou que la situation devrait en être autrement pour qu’elle soit acceptable, nous sommes pris dans les filets du récit et du jugement qui nourrissent la résistance.

MAIS COMMENT PUIS-JE ACCEPTER?

Beaucoup de gens ont de la difficulté à passer à l’étape de l’acceptation. Les clients me demandent tout le temps : « À quoi ressemble l’acceptation véritable? Que dois-je faire? Comment savoir si j’y suis parvenu? »

L’acceptation est une expérience émotionnelle. Il faut la ressentir pour la connaître. La plupart d’entre nous savent à quoi ressemble la résistance. Pour moi, c’est de l’anxiété, de la tension, de l’oppression. Demandez-vous ce à quoi vous résistez ou ce que ne pouvez pas accepter dans votre vie, et remarquez ce que vous ressentez.

L’acceptation apporte un sentiment de calme intérieur. On se sent plus léger, plus libre. On ressent une facilité à vivre avec la douleur ou la désapprobation que nous pouvons avoir à l’égard des événements passés. C’est une sorte de compassion. Nous ne ressentons peut-être pas de sentiments positifs envers une personne qui nous a fait du mal ou du tort, mais le fait d’accepter ce qui est est semblable à ressentir de l’amour envers soi-même. La psychologue Tara Brach a dit de façon émouvante dans son exposé sur l’acceptation véritable (en anglais uniquement) que lorsque nous pensons accepter une autre personne, ce que nous faisons vraiment, c’est accepter ce qui se produit en nous.

Tout ce qu’il y a à faire, c’est de bien vouloir accepter. Ce n’est pas un interrupteur qu’on peut activer. Il n’y a pas de compteur pour vous indiquer si vous faites les choses correctement ou suffisamment, ou si vous avez atteint l’étape de l’acceptation. Il s’agit d’être honnête avec vous-même.

L’expression « il faut s’y faire » peut être perçue par une personne comme une résignation et par une autre comme une acceptation authentique. Il s’agit de ce que vous ressentez. Si vous vous dites que vous acceptez une situation, mais que vous ne le pensez pas vraiment, c’est du déni. Si vous avez l’impression de souffrir ou de réprimer des sentiments, vous n’êtes pas encore dans l’acceptation. Continuez d’y travailler. Examinez vos émotions, laissez-les être là, et demandez-vous à quoi ressemblerait l’acceptation et quelles répercussions elle pourrait avoir sur vous.

Lorsqu’on m’a diagnostiqué une importante carence en fer pendant une période particulièrement stressante de ma vie, mon propre entraîneur m’a demandé à quoi ressemblerait l’acceptation de l’épuisement. Une question percutante qui m’a aidée à arrêter de me battre et de souhaiter une réalité différente où je n’étais pas épuisée. Cela m’a permis de m’autoriser à me reposer davantage. Accepter la réalité m’a permis de faire plus facilement des choix qui m’ont aidée à surmonter la situation plutôt que de la combattre.

Voici une bonne question à se poser : « Qu’est-ce que je suis prêt à accepter pour trouver la paix avec moi-même? » Ce recadrage peut être simplement ce qui aide à dissiper la tension et à réduire la résistance. L’acceptation est un moyen; c’est faire face à la réalité plutôt que de s’en détourner pour pouvoir prendre des décisions sur la suite des événements.

L’acceptation est un processus qu’on ne peut pas imposer et qui peut même vous obliger à accepter à nouveau encore et encore sans vous juger vous-même parce que vous êtes retombé dans la non-acceptation.

Tout ce que nous pouvons faire, c’est bien vouloir et s’ouvrir à l’idée. C’est cette volonté qui permet l’émergence de l’acceptation.

L’ACCEPTATION PENDANT LA PANDÉMIE DE LA COVID-19

Bon nombre d’entre nous se sont heurtés à de la résistance face à ce qui se passait au cours des premiers mois de la pandémie, parce que la situation était un véritable choc et trop effrayante pour l’accepter. Vous avez peut-être encore de la difficulté à accepter notre nouvelle réalité, car l’information sur le virus et ce qui est « sécuritaire » et « non sécuritaire » change de jour en jour.

Je passe par des phases d’acceptation. Dès que j’accepte les circonstances et que je commence à me sentir à l’aise dans cet état d’acceptation, je lis un article ou j’entends une histoire qui me ramène immédiatement à une position de résistance, de panique et de peur. C’est à ce moment-là que je sais que je dois réaccepter en reprenant le processus de vérification de mes convictions et de mes opinions en fonction de ce que je sais être vrai dans le moment, et que je dois accorder de la place à toutes les émotions qui surgissent en moi sans les juger. Une fois cela fait, je peux faire des choix et évaluer le risque à partir d’une position plus stable.

L’acceptation n’équivaut peut-être pas à une entente, mais dans un sens, nous concluons une entente avec nous-mêmes lorsque nous sommes prêts et disposés à accepter la réalité. C’est un acte de bravoure et de compassion que d’accepter ce qui est. Il s’agit de donner la priorité à son propre bien-être plutôt que d’avoir raison ou de prouver que quelqu’un a tort. En fin de compte, cela signifie trouver un sentiment de droiture en soi, peu importe les circonstances, et ça, c’est fort.

Jenny Tryanski, Coach certifiée en développement personnel, Jenny Tryansky est une coach professionnelle certifiée en co-activité établie à Toronto, au Canada. Elle travaille virtuellement avec des clients dans toute l’Amérique du Nord en adoptant une approche globale de la vie et de la personne. Jenny est spécialisée dans le travail avec des personnes très performantes qui se critiquent elles-mêmes sans merci. Elle utilise la pratique de l’autocompassion dans son travail de coaching, aidant les gens à retrouver la confiance, la clarté et l’acceptation de soi nécessaires pour atteindre leurs objectifs et concrétiser leurs aspirations. Son atelier « Working With Your Inner Critic to Live, Work and Lead with Confidence », qui a fait ses preuves, offre un soutien aux employés et aux personnes aux prises avec le syndrome de l’imposteur et le sentiment d’être un moins que rien. Cet atelier a été bien accueilli dans des environnements influents comme Google Canada. Pour obtenir plus de renseignements visitez les pages suivantes Facebook page, LinkedIn profile ou jennytryansky.ca.