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La distanciation sociale : sa définition et la façon de la gérer au quotidien

Questions et réponses en compagnie de Marni Amsellem, Ph. D. psychologue agrégée

Que veut dire précisément la distanciation sociale ? 

La distanciation sociale est une chose que l’on nous demande à tous de faire en ce moment. L’espacement exact ou le nombre précis de personnes que vous devez côtoyer est un peu fluctuant, mais l’idée est que nous devons maintenir une distance de sécurité les uns par rapport aux autres afin que le virus ne se propage pas.

En tant qu’êtres sociaux, comment la distanciation sociale pourrait-elle nous affecter ? 

Pour la grande majorité d’entre nous, nous menons une vie dans laquelle nous sommes physiquement présents les uns autour des autres, bien que le fait d’être social ne requiert pas nécessairement une présence physique. À bien des égards, nos vies sont bouleversées, mais à bien d’autres, elles ne le sont pas. Un simple changement de perspective nous permet de voir qu’il est possible d’être social tout en gardant une certaine distance.

Comment éviter de défaire les liens émotionnels avec les autres pendant cette période ?

Il s’agit d’un problème très réel, car une partie de la distanciation sociale signifie certainement de limiter les rencontres avec les gens. La façon dont on nous demande désormais de socialiser signifie que nous devrons être très attentifs par rapport aux gens avec qui nous socialisons. Cela se réalisera à l’aide de différents moyens.

Heureusement, nous vivons à une époque où la technologie peut permettre de nombreuses interactions sociales, que ce soit par le biais d’appels vidéo, du bon vieux téléphone, des médias sociaux ou du courrier électronique. Il y a des options qui nous permettent de continuer à socialiser tout en étant conscients de la possibilité bien réelle que nous soyons portés à adopter de nouvelles habitudes paresseuses. Il va donc falloir faire preuve d’intention et d’attention dès le départ pour tendre la main aux autres, ce que vous n’auriez peut-être pas fait autrement. Je pense donc qu’il y aura de nombreux points positifs à tirer de cette situation. Nous ne sommes peut-être pas en mesure de les voir pour le moment, mais il se peut que nous soyons plus intentionnels quant à notre besoin de socialiser.

Pouvez-vous prodiguer quelques conseils en lien avec la gestion des sentiments d’anxiété ?

Collectivement, notre niveau d’anxiété a augmenté et c’est une chose à laquelle il faut porter une attention. Faites un autoexamen et accueillez ce que vous ressentez en ce moment. Si votre anxiété vous met mal à l’aise, c’est le moment d’intervenir. Faites quelque chose au quotidien pour vous aider à évacuer une partie du stress et cernez les comportements qui peuvent être adoptés de manière proactive. Beaucoup de bons conseils circulent en ce moment, des idées de choses à faire lorsque vous êtes en situation d’auto-isolement ou de quarantaine : faire les choses de manière créative, sociale (à distance) ou prendre le temps de vous détacher. Je vous recommande de faire chaque jour quelque chose qui a porté fruit dans le passé et de profiter de cette occasion pour essayer de nouvelles choses. Bon nombre d’entre nous ont plus de temps maintenant. C’est peut-être le moment d’apprendre une nouvelle compétence en ligne, ou d’ouvrir le cahier d’esquisses et de commencer à dessiner. Saisissez ce moment : cela peut être un excellent moyen de canaliser une partie de l’anxiété.

La gestion des renseignements que vous recevez est une autre stratégie utile. Si le flux de vos médias sociaux explose, prenez une décision réfléchie sur la manière de les gérer. Vous pouvez choisir un flux léger pour vous détendre ou utiliser un réseau social comme moyen d’interagir, de tendre la main ou d’offrir et de recevoir du soutien, soyez conscient de cela. Soyez attentif par rapport à votre consommation de nouvelles, et cherchez des sources de qualité et fiables. 

Sur le plan professionnel, comment gérer la distanciation sociale tout en travaillant avec des collègues ? 

Il est clair que nous sommes tous dans le même bateau en train de nous faire remuer dans tous les sens. Certains sont en télétravail dans un environnement très étroit et sans aucune intimité, et d’autres peuvent être isolés, ou avoir une connectivité ou des ressources limitées à la maison. Tout le monde s’adapte à cette situation et éprouve quelques difficultés, alors il est normal d’offrir de la compassion à vos collègues. Il n’y aura pas toujours de conversation légère en ce moment et, s’il y en a, c’est correct. Il peut être extrêmement sain de mêler de l’humour et de la légèreté dans la conversation.

PARENTAGE

Que pouvez-vous conseiller aux parents en ce moment ?

C’est là un changement de sujet radical. Le conseil variera en fonction de l’âge des enfants, leurs besoins individuels, et le niveau de restrictions et de changements dans chaque foyer. Il y a vraiment de belles choses dans le fait d’être ensemble. Les enfants pourraient réaliser qu’il n’est pas si merveilleux d’avoir tout le temps les yeux rivés sur un écran, alors ils pourront aller jouer dehors ou acquérir de nouvelles compétences. Les enfants pourraient même renforcer davantage leur indépendance. 

Comment peut-on expliquer la distanciation sociale aux enfants sans provoquer de l’anxiété ?  

Les enfants peuvent très vite percevoir l’anxiété et comprendre ce qui se passe autour d’eux. Une grande partie de cette réponse dépend de l’âge de l’enfant. Les enfants d’âge scolaire plus âgés suivent ce qui se passe et sont eux-mêmes sur les réseaux sociaux. Ils voient donc l’information arriver. Mais une grande partie de leur compréhension du monde provient de ce qui est communiqué à la maison. Si ce sujet provoque une grande inquiétude chez un parent, cela contribuera à augmenter le niveau d’anxiété chez les enfants. Si le parent prend ce sujet à la légère, cela se répercutera sur les enfants aussi. Les enfants apprennent beaucoup de comportements dans le contexte familial. Ces comportements peuvent certainement se modifier en raison d’autres expériences qu’ils vivent. 

Accueillez l’anxiété et soyez un modèle de gestion de l’anxiété d’une manière saine et proactive. Relevez le défi et surmontez l’adversité. Lorsque les enfants sont en présence d’adultes qui font de leur mieux, cela devient une leçon positive pour eux sur la façon dont ils peuvent surmonter leurs défis.

Et comment faire la gestion d’anxiété avec des enfants en bas âge ou ceux vraiment sociaux ? 

Ils sont toujours en apprentissage du monde qui les entoure. Dans certaines régions, les terrains de jeux sont fermés. Le fait de dire à un jeune enfant qu’il n’est pas sécuritaire de jouer dans un terrain de jeux en ce moment peut lui causer de la confusion. Il faut donc toujours préciser aux enfants qu’ils ne font rien de mal et qu’il ne s’agit pas d’une punition. Le lavage des mains demeure toujours une priorité. La façon d’éviter la propagation est de prendre des précautions. Une façon d’y parvenir est de limiter la proximité aux seules personnes qui se trouvent dans notre maison, ainsi que de leur rappeler l’importance de respecter ces règles en cette période et que nous allons nous en sortir ensemble. 

Si nous devons limiter les sorties, etc., comment pouvons-nous les gérer au mieux pour que les enfants s’amusent encore ? 

De nombreuses personnes se sont tournées vers l’interaction virtuelle par vidéo, où ils interagissent avec leurs amis. C’est ce qu’il faut faire à l’heure actuelle. Même s’ils ne vont pas à l’école ou à la garderie, les enfants continuent d’avoir des contacts physiques avec les personnes qui vivent avec eux. C’est une période où vous devrez peut-être déployer plus d’efforts pour vous engager directement et faciliter les rencontres virtuelles. Cela dépend de vos restrictions géographiques, mais ils peuvent peut-être aussi jouer à l’extérieur tout en gardant leurs distances.

Lisez plus au sujet de la gestion d’anxiété ici.

 

La Dre Marnie Amsellem est psychologue agréée du comté de Fairfield (CT).  Dans son cabinet privé, Smart Health Psychology, elle se spécialise dans la gestion de l’anxiété, la dépression, l’adaptation aux défis médicaux et liés à la santé, et les transitions de la vie. Il est affilié au Smilow Cancer Care Hospital de Yale New Haven Health. La Dre Amsellem a obtenu son doctorat en psychologie clinique, avec une spécialisation en psychologie de la santé, à l’Université de Washington à Saint-Louis. Cette semaine, la Dre Amsellem a partagé des stratégies d’adaptation chaque jour sur les médias sociaux pour le journal local de sa communauté à l’adresse www.writereflectgrow.com.