Comment se préparer pour la rentrée scolaire pendant la pandémie

Par Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice

Nous le savons, la rentrée scolaire 2020 sera spéciale.

Pour certains élèves, le port du masque est à prévoir lors des déplacements hors de la classe ce qui peut être anxiogène pour certains et ce malgré le fait que plusieurs s’y soient déjà habitués en vous accompagnant dans des endroits publics fermés, comme l’épicerie ou la pharmacie. N’hésitez donc pas à leur demander de vous accompagner dans diverses sorties à l’extérieur de la maison où ils pourront pratiquer le port du masque et ainsi, être plus à l’aise avec celui-ci.

Pourquoi ne pas leur faire choisir des modèles qui leur plaisent et dans lesquels ils sont plus à l’aise ? Après tout, le masque est devenu un accesoire vestimentaire qui permet d’afficher ses goûts, ses intérêts et ainsi, une partie de sa personnalité.

Pour nos plus inquiets, voire anxieux, on peut proposer de faire des jeux de rôle afin de se préparer à ce que sera leur réalité scolaire d’ici quelques jours. Par exemple, on peut s’assurer que nos jeunes ont leur masque à portée de main, pratiquer un déplacement dans un couloir ainsi que la mise en place et le retrait du masque de manière hygiénique.

De cette façon, on réduit la peur de l’inconnu en exposant déjà notre jeune à ces nouvelles procédures dans le confort de sa maison avec des personnes de confiance – les membres de sa famille.

ENCORE BEAUCOUP DE QUESTIONS SANS RÉPONSE

Malheureusement, plusieurs questions demeurent, à ce jour, sans réponse. Plusieurs aspects de la scolarisation seront abordés en mode « réaction » plutôt qu’en mode « prévention » puisque la santé publique ne peut prévoir l’imprévisible. Cette situation peut évidemment occasionner du stress et de l’insécurité chez les élèves et leurs parents.

Lorsqu’on ne connaît pas la réponse aux questions posées par nos jeunes, on a tendance à tout de même tenter d’en trouver une or, nous n’avons actuellement pas de réponse à beaucoup de ces questions. Mieux vaut jouer la carte de l’honnêteté avec nos enfants et nos adolescents en leur avouant : « Je n’ai pas cette information » plutôt que de leur en transmettre une fausse dans le seul but de les apaiser. La réponse à certaines questions risque de changer et de s’avérer fausse dans le futur ce qui pourrait occasionner davantage de stress et d’insécurité chez nos petits et nos grands.

L’ABSENTÉISME ET LA MOTIVATION SCOLAIRE

Certains parents et élèves peuvent ressentir du stress face à l’absentéisme scolaire qui devra avoir lieu dès qu’une personne de la maisonnée présentera des symptômes associés à la Covid, ne serait-ce qu’une toux ou un écoulement nasal. Les peurs – légitimes – que les jeunes ne soient pas à jour dans leurs apprentissages ou encore qu’ils perdent leur motivation en restant à la maison sont présentes dans plusieurs foyers.

Voici quelques pistes à cet égard: 

  • Aménager un coin calme et propice à la concentration dans le cas où notre jeune devrait rester à la maison momentanément
  • Tenter, dans la mesure du possible, d’ajuster notre horaire de travail en fonction de ces situations de conciliation télétravail-jeune à la maison en discutant en prévention avec notre employeur afin de connaître les accommodements possibles
  • Prévoir un moment pour les devoirs et leçons avec notre jeune à un moment où sa concentration est optimale
  • Entrecouper les tâches avec des petites pauses pour prendre une collation, regarder une ou deux courtes vidéos ou encore, aller prendre l’air
  • Commencer par les tâches plus difficiles (lorsqu’on a le plus d’énergie) et terminer avec les plus faciles et agréables

COMMENT MAINTENIR UN CERTAIN NIVEAU DE SOCIALISATION?

Les enfants d’âge scolaire et les adolescents ont un grand besoin de socialiser avec des jeunes de leur âge. C’est normal : cela fait partie du développement des jeunes. C’est d’autant plus normal pour les adolescents qui sont en grande quête identitaire. Il n’est pas rare que les parents constatent qu’ils ne voient plus beaucoup leurs grands; ces derniers passent quasiment tout leur temps avec leurs amis lorsqu’ils ne sont pas à l’école. Or, depuis le début du confinement, on demande aux ados de rester à la maison avec leur parents 24h/24 alors qu’ils prendraient leur distance avec des derniers en temps normal afin de se découvrir, développer leur autonomie et éventuellement voler de leurs propres ailes.

Il est alors naturel, en temps de confinement, que nos jeunes soient davantage branchés sur leurs réseaux sociaux afin d’échanger avec leurs amis ou qu’ils souhaitent être en visioconférence avec eux. D’ailleurs, une jeune de mon entourage avait un rendez-vous hebdomadaire en ligne avec son amie durant lequel elles cuisinaient chacune chez elle et discutaient en même temps, par exemple.

Une autre solution est de permettre à nos jeunes de voir des amis dans un parc ou à la maison (idéalement, 3-4, toujours les mêmes) en les sensibilisant sur l’importance de garder une certaine distance physique, de se laver les mains fréquemment et de ne pas boire dans le même verre, entre autres choses. On peut également laisser nos jeunes inviter des amis à la maison (toujours en respectant les mesures de distanciation physique et les recommandations sanitaires); avec la belle température, ils pourront rester à l’extérieur sans problème !

ACCOMPAGNER NOS JEUNES ANXIEUX

Certains jeunes ont développé une certaine anxiété face à la Covid-19; la peur de contracter le virus, que certaines personnes de leur entourage l’attrapent et en vivent des complications, voire en meurent, sont des craintes qui peuvent parfois être observées et peuvent même les pousser à tenter d’éviter les endroits publics et les rencontres sociales. En effet, l’évitement est LA stratégie que les personnes anxieuses utilisent. Elle leur permet de ne pas être confronté à leurs craintes.

Or l’évitement est une fausse bonne stratégie ; sur le coup, on n’a pas à faire face à ce qui nous effraie, mais on n’a pas non plus l’opportunité de recadrer notre peur en se disant, par exemple, que notre entourage est en bonne santé, qu’il prend les mesures d’hygiène au sérieux, que nous nous lavons nous-mêmes les mains, que nous portons le masque, que plusieurs personnes sont asymptomatiques, etc.

En somme, plus on évite, plus on veut éviter et plus notre peur grandit et a des risques de devenir envahissante en paralysante.

En tant que parent, il est alors important d’écouter les craintes de notre jeune, de lui dire qu’on le comprend et qu’il a tout à fait le droit de se sentir ainsi. Puis, de manière bienveillante, on peut l’aider à adopter un discours plus réaliste via les quelques exemples mentionnés ci-haut.  Comme le risque zéro n’existe malheureusement pas, il n’est PAS conseillé de minimiser leurs craintes, de leur dire que « Ça va bien aller » et que personne qu’il connaît ne contractera le virus. Ces informations seraient fausses et donc, faussement rassurantes.

Si vous constatez que votre jeune est fortement affecté par l’anxiété qu’il ressent, c’est-à-dire que son niveau d’appétit et de sommeil a changé drastiquement, qu’il refuse de voir ses amis alors qu’il est généralement sociable, qu’il évite plusieurs situations par crainte et que, malgré vos interventions, la situation ne s’améliore pas, n’hésitez pas à l’emmener consulter un professionnel comme un psychologue, psychoéducateur et psychothérapeute. Ces spécialistes pourront les accompagner et vous donner des pistes à appliquer à la maison avec votre jeune.

Enfin, n’oublions surtout pas que nos jeunes ont, en très vaste majorité, une grande capacité d’adaptation aux situations nouvelles. Il se peut que nous, en tant que parents, ayons nos inquiétudes; attention de ne pas les transmettre à nos enfants. Prenons le temps de discuter avec nos jeunes qui en ressentent le besoin, de leur transmettre de l’information vraie et de leur mentionner que nous ne savons pas lorsque nous ne détenons pas une information. Dans tous les cas, nous allons tous nous adapter, un jour à la fois.

Bonne rentrée à tous et à toutes!

Stéphanie Deslauriers est psychoéducatrice de formation et auteure de passion. Depuis 2012, elle a publié plus de 10 livres – dont son premier roman littéraire qui a remporté le Grand Prix du Livre de la Montérégie en 2015. Vous l’avez sans doute aperçue sur les ondes de Télé-Québec à l’émission Format Familial, où elle participe à la chronique « Prenez un numéro » ou sur les ondes de TVA et LCN afin de commenter l’actualité. Peut-être l’avez-vous lue sur le site Les P’tits Mots Dits ou encore, sur le site educatout.com? Le moins qu’on puisse dire, c’est que Stéphanie déborde d’énergie et d’inspiration.Stéphanie privilégie le coaching parental pour les enfants de 10 ans et moins et l’intervention individuelle avec le jeune en plus du coaching parental pour les enfants de 11 ans et plus. Elle oeuvre également dans le monde de l’autisme depuis 2006 et enseigne à l’Université de Montréal.