A young woman sitting at her desk, staring listlessly at her computer.

Vous vous ennuyez à mourir au travail? Vous n’êtes pas seul, et vous pouvez y remédier

Par DRE CAMILLE PRESTON, PSYCHOLOGUE DES AFFAIRES ET EXPERTE EN LEADERSHIP 23 août 2022

En 2016, Frédéric Desnard, autrefois gestionnaire chez un fabricant de parfum de Paris, a intenté une poursuite contre un ancien employeur en alléguant que son travail était si ennuyeux que sa santé mentale s’était détériorée. Desnard a récemment été indemnisé, bien qu’une enquête ait révélé que l’ennui était probablement un facteur parmi d’autres qui explique son déclin. Il n’empêche que le cas de Desnard a soulevé un point important: combien d’employés « s’épuisent par l’ennui » et quelle est la part de responsabilité des dirigeants et des organisations pour mettre fin à ce phénomène?

DÉFINIR ET MESURER L’ENNUI

Selon certaines sources, l’ennui n’a pas toujours existé. Patricia Meyer Spacks, historienne, avance que le concept n’a vu le jour qu’au 18e siècle et qu’il pourrait être lié au changement de la nature du travail et à l’émergence connexe de la classe oisive. Peter Toohey, humaniste, n’est pas d’accord. Il indique que le concept se propageait déjà à l’Antiquité tardive.

Que l’ennui remonte au 1er ou 18e siècle, il ne fait aucun doute qu’il soit difficile à définir, semble toucher une grande partie de la population et était particulièrement prévalent durant la pandémie. En raison des effets néfastes connus de l’ennui, nous ne pouvons négliger sa prévalence croissante.

Des psychologues qui étudient l’ennui ont découvert un lien avec une série de comportements négatifs et autodestructifs, y compris la suralimentation et d’autres comportements d’automutilation. Une étude menée en 2010 a aussi révélé que les gens ayant un taux élevé d’ennui meurent plus jeunes que ceux qui ne signalent pas d’ennui.

D’autres études ont confirmé que l’ennui n’est pas seulement défavorable pour les personnes qui le ressentent, mais aussi pour celles avec qui ils interagissent. Une étude de 2016 sur l’ennui dans le milieu infirmier a mis en lumière que l’ennui chronique est lié à un taux supérieur d’erreurs et de résultats négatifs pour les patients, ainsi qu’à une baisse de productivité.

En dépit de son image généralement négative, certains chercheurs avancent que l’ennui pourrait avoir certains avantages. Shane W. Bench et Heather C. Lench (2013) (lien en anglais uniquement) ont observé que même si l’ennui devrait être négatif et désagréable, il joue un rôle pour faire naître un désir de changer l’état actuel et d’éviter l’ennui à l’avenir. Ils ont ainsi conclu que l’ennui est une émotion fonctionnelle discrète qui sert à encourager les gens à se fixer de nouveaux objectifs et à rechercher de nouvelles expériences.

Heureusement, que l’ennui soit entièrement négatif ou qu’il ait le potentiel de favoriser le changement, en tant que travailleurs, dirigeants ou gestionnaires, nous avons habituellement le pouvoir d’y remédier.

COMMENT LES EMPLOYÉS PEUVENT-ILS ÉVITER L’ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL PAR L’ENNUI?

  • Développez votre conscience de soi. Regardez-vous dans le miroir. Est-ce réellement votre travail qui vous ennuie? Ou êtes-vous du genre à toujours vouloir essayer quelque chose de nouveau et à éviter de ralentir et de prendre le temps de réfléchir? D’une façon ou d’une autre, votre emploi n’est peut-être pas votre plus grand obstacle.
  • Cherchez les affectations enrichies. Tentez de repérer les affectations enrichies pour continuer d’apprendre. Si votre employeur ne vous en propose pas, créez-les vous-même. Si la situation perdure, le temps est peut-être venu d’explorer d’autres possibilités de carrière. Déployez tous vos efforts pour continuer d’enrichir vos compétences, d’apprendre et de grandir sur le plan professionnel.
  • Établissez vos priorités. Prenez le temps de réfléchir à vos priorités en élaborant un plan annuel et triennal. Voyez grand! Commencez par imaginer votre année idéale (sans vous limiter à ce que vous êtes certain d’accomplir). Ensuite, harmonisez vos actions quotidiennes à vos nouveaux objectifs ambitieux.
  • Ne perdez pas le cap, mais soyez souple quant à l’approche. Il n’y a rarement qu’une seule façon d’en arriver à un résultat. En gardant le cap sur les résultats tout en se permettant une certaine souplesse dans l’approche, il est souvent plus facile de redoubler d’actions et d’autonomie, même dans les tâches les plus répétitives.

COMMENT LES GESTIONNAIRES ET LES DIRIGEANTS PEUVENT-ILS ATTÉNUER LE « SYNDROME D’ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL PAR L’ENNUI »?

  • Assurez-vous que chaque personne occupe un rôle qui lui convient. Lorsqu’une personne s’ennuie au travail, c’est souvent parce qu’elle n’occupe pas le bon poste ou qu’elle occupe son poste depuis trop longtemps. C’est ainsi que les employés stagnent et risquent l’épuisement professionnel par l’ennui. Cette situation n’est pas seulement néfaste pour l’employé. En effet, l’ennui est lié à un plus grand taux d’erreurs, à de piètres résultats et à une baisse de productivité. Ainsi, les employés qui occupent un poste qui ne leur convient pas présentent de profondes conséquences sur l’équipe et toute l’organisation. Les gestionnaires et les dirigeants qui s’engagent à atténuer le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui doivent commencer par évaluer leur équipe pour s’assurer que chaque personne occupe un poste qui lui convient. Il faut donc voir à ce que chaque personne occupe un poste qui favorise l’enrichissement pour continuer de s’épanouir sur le plan professionnel.
  • Accordez aux employés une plus grande autonomie, surtout pour les tâches répétitives. Dans certains cas, les tâches répétitives et parfois ennuyantes sont essentielles. Ceci dit, les gestionnaires et les dirigeants peuvent tout de même atténuer les effets de ce travail. Des recherches montrent que si l’employé n’a que peu d’autonomie pour effectuer une certaine tâche, l’ennui mène à une plus grande frustration que si l’autonomie était plus élevée. Ainsi, pour éviter l’épuisement par l’ennui des employés, on pourrait leur accorder une plus grande autonomie lorsqu’ils s’adonnent à des tâches répétitives ou monotones.
  • Automatisez les tâches les plus monotones lorsque possible. Nombreux sont les gens qui craignent l’automatisation et ses conséquences sur l’emploi. Bien que beaucoup de ces craintes soient justifiées, l’automatisation présente un avantage important: les tâches répétitives sont les plus faciles à automatiser. Lorsque possible, activez le pilote automatique pour les tâches monotones et libérez les humains de votre équipe pour qu’ils fassent un travail qu’une machine ne pourrait jamais accomplir, ou du moins, bien accomplir.

L’épuisement professionnel par l’ennui n’est peut-être pas aussi répandu ou sérieux que l’épuisement professionnel tout court, mais ce problème prend de l’ampleur. Heureusement, dans la plupart des cas, les employés, les gestionnaires et les dirigeants peuvent l’éviter en développant la conscience de soi, en cherchant et en créant des affectations enrichies et en changeant les conditions de la plupart des tâches répétitives.

Dre Camille Preston a fondé AIM Leadership en 2004 avec l’idée d’appliquer les principes fondamentaux de la psychologie dans le but de soutenir les équipes de gestions dans des environnements commerciaux à forte croissance et à forte pression. Camille est une pionnière de la psychologie des affaires. À l’avant-garde de l’application de nouvelles approches individuelles et systémiques, elle aide les PDG et leurs équipes à relever les défis dans des milieux de travail perturbés et complexes. En travaillant avec Camille, les clients apprennent à définir efficacement les priorités, à modifier leurs comportements afin d’accroître leur influence et à optimiser les systèmes holistiques (individu + équipe + organisation) pour obtenir des résultats. Plus important encore, Camille aide les clients à creuser en profondeur afin d’identifier et de résoudre les causes sous-jacentes qui freinent leur réussite.
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