Parlons de fausse couche

Par Par Marie Fortier, MSC, infirmière en périnatalité 07 Décembre 2021

Aborder le sujet de la fausse couche est essentiel afin d’en démystifier certains aspects et, par ce fait, libérer certaines personnes qui s’en sentiraient responsables.

Par « fausse couche » on entend,  le décès d’un embryon ou d’un foetus non viable pesant moins de 500g et survenant avant la 20e semaine de grossesse.

Vous pensiez peut-être que de perdre un bébé avant la 20e semaine de grossesse n’arrive que très rarement ? Eh bien, selon les statistiques disponibles, on compte qu’environ 15 à 20% des grossesses se termineraient par une fausse couche. Évidemment, ce pourcentage est plus élevé dans la réalité, car plusieurs femmes perdent leur embryon avant même de savoir qu’elles étaient enceintes.

 

FACTEURS DE RISQUES POSSIBLES

Bien que l’on puisse rarement identifier les causes exactes d’une fausse couche, aussi appelé’un avortement spontané, la littérature met l’accent sur certains facteurs de risques qui peuvent influencer la poursuite de la grossesse :

  • l’âge peut influencer la grossesse si la personne a 35 ans et plus;
  • la consommation de tabac, d’alcool, ou de drogues;
  • certaines conditions de santé chez les mères telles que:
    • l’obésité,
    • un diabète, si celui-ci est mal contrôlé;
    • un problème avec la glande thyroïde;
    • autres maladies chroniques.

SYMPTÔMES DE RISQUE DE FAUSSE COUCHE

Chaque femme a son histoire personnelle, cependant, des symptômes peuvent nous alerter, notamment :

  • Présence de saignement léger et col de l’utérus qui reste fermé : on parlera alors de menace d’avortement spontané. Même si l’issu n’est pas nécessairement une fausse couche, la présence d’un saignement lors du premier trimestre de grossesses laisse présager une évolution de la grossesse plutôt sombre. Une surveillance étroite des symptômes dressera un portrait plus clair sur la suite des évènements à mesure des heures et des jours qui suivent le début des saignements.
  • Des crampes abdominales, au bas du ventre ou dans le bas du dos, similaires à celles des menstruations ou lors d’une ovulation peuvent s’ajouter à ces saignements.Ce symptôme augmente le risque de fausse-couche, particulièrement si le col de l’utérus commence à s’ouvrir. À ce moment-là, la fausse-couche est souvent inévitable.

Perdre un fœtus peut se produire n’importe où et toutes les personnes qui perdent leur foetus n’auront pas nécessairement besoin de se présenter aux services d’urgence ou dans une clinique médicale. Souvent, les personnes ayant vécues une fausse couche disent avoir remarqué un saignement plus important que lors de leurs menstruations et accompagné du passage d’un gros caillot de sang qui est en réalité le sac amniotique contenant le fœtus. Suite à la perte, le saignement ainsi que les crampes qui accompagnent souvent le phénomène devraientt diminuer. Lorsqu’une femme est chez elle, qu’elle n’a pas de fièvre, ni d’autres symptômes préoccupants, la situation ne nécessite alors pas obligatoirement une visite médicale d’urgence.

Toutefois, si les saignements ou crampes abdominales persistent, il est probable que cela soit dû à certains produits de fécondations n’ayant pas été  complètement expulsés. Une visite à l’hôpital sera alors encouragée afin de valider, par une échographie, la présence possible de débris. Si cette situation se produit, elle nécessitera une intervention médicale :

  • un curetage –  cette opération se fait au bloc opératoire, sous analgésique (la personne ne sera pas endormie). Lors de cette opération, le médecin devra s’assurer de vider l’utérus des tissus de grossesse restants. Pour se faire, on utilise un instrument qui ressemble à une petite cuillère que l’on passe dans le canal vaginal afin de «gratter » ou « racler » les parois de l’utérus, ou;
  • l’utilisation d’une hormone (cytotec) qui stimule l’utérus en provoquant des contractions afin de faire sortir les tissus restants et s’assurer que rien ne demeure dans l’utérus. Cette hormone peut potentiellement occasionner des hémorragies ou des infections secondaires par la suite.

On considère également un arrêt de croissance chez un foetus, donc l’absence de rythme cardiaque,  comme une fausse-couche même en cas d’absence de saignements.. Les mêmes méthodes décrites ci-haut pourraient être utilisées pour évacuer les produits de fécondation.

 

DIFFÉRENTS SUIVIS APRÈS UNE FAUSSE COUCHE

Suivi physique :

Après une fausse-couche, le médecin traitant peut demander une prise de sang de contrôle entre 7 à 14 jours plus tard afin de s’assurer que les hormones de grossesse (B-hCG) déclinent jusqu’à atteindre un taux zéro.

Une échographie est aussi envisagée selon l’évaluation de l’intervenant, mais est tout de même plus rare.

 

Suivi psychologique :

Les gens pensent souvent que le deuil lié à la perte d’un bébé en début de grosses est moins difficile à vivre, car ils ne l’ont pas encore vu et n’ont jamais vécu avec cet enfant. Toutefois, les recherches démontrent que la perte d’un bébé peut être très lourde à porter et ce à n’importe quel moment d’une grossesse.  Aucun parent n’est préparé à perdre un enfant, que ce soit avant ou après sa naissance. La perte est sera d’autant plus grande si le désire de base d’avoir un bébé est important. Parmis les autres éléments qui détermineront la difficulté de la perte on trouve entre autres :

  • selon ce que cette grossesse signifiait pour le couple;
  • le temps qui a été nécessaire pour concevoir;
  • le lien d’attachement déjà créé.

La perte d’un bébé est presque irréelle, car il n’y a pas de souvenir tangible et pas de bébé, ce qui entraîne beaucoup d’hésitation à en discuter librement. Les parents passeront à leur rythme et à leur façon, au travers des réactions émotionnelles qui constituent les différentes phases courantes du deuil : le choc, la révolte, la désorganisation, le désespoir et l’adaptation.

Les réactions et l’expression émotionnelle liée à la perte se vivront différemment d’une personne à l’autre.

RÉACTIONS COMMUNES APRÈS UNE FAUSSE COUCHE

Chez la personne enceinte : 

La personne portant le fœtus s’y attache plus rapidement. De ce fait, ses réactions sont souvent plus intenses que celles des hommes, ou de leur partenaire en général.

La femme vivra plutôt un sentiment d’échec, de honte, de culpabilité de ne pas avoir été capable de mener sa grossesse à terme et aura peur d’avoir déçu son ou sa partenaire ainsi que son entourage. Elle se sentira souvent vide, aura l’impression d’avoir perdu une partie d’elle-même et pourra entretenir des craintes sur sa capacité à concevoir à nouveau. Souvent, les femmes auront besoin de parler du bébé, de communiquer leur tristesse, leur vécu et rechercheront l’écoute, le soutien et la sollicitude de leur entourage.

Chez l’autre parent : 

Le fait de ne pas porter le bébé fait une différence chez l’homme ou la deuxième parente lors d’une fausse-couche. Les réactions possibles peuvent se manifester de diverses façons, mais se vivent souvent davantage dans la tête que dans l’émotion.

La perte est vécue plus comme une tristesse qu’un sentiment de perte. L’autre parent.e se sent souvent seul.e pour vivre son émotion et retient davantage sa peine pour éviter d’attrister encore plus sa conjointe. D’autres sentiments se manifestent comme l’impuissant ou le sentiment d’avoir manqué à son devoir de protection de la famille. Chez les hommes, les stratégies d’adaptation se voient surtout dans une attitude d’homme fort, un désir de ne plus parler de la fausse couche, une tendance à réprimer ses émotions ou à les vivre de façon très privée. Le conjoint ou la conjointe tentera de réconforter sa partenaire qui a directement vécu cette fausse couche, de faire les démarches nécessaires liées au décès, s’il y a lieu, et reprendra vite ses activités habituelles. Certains iront se réfugier dans le travail, le sport ou la consommation d’alcool pour cacher leur peine.

 

Pour le couple :

Perdre un bébé est une épreuve à traverser ensemble. Selon le lien préexistant, l’impact de cette perte sera différent et pourra soit rapprocher ou éloigner le couple. Le fait de vivre les étapes du deuil à un rythme personnel a parfois pour conséquence d’engendrer des incompréhensions et des problèmes de communication dans le couple.

L’intimité sexuelle peut aussi être touchée. Cela peut leur rappeler le bébé qu’ils viennent de perdre; engendrer non seulement une peur d’être à nouveau enceinte, mais aussi de perdre une nouvelle fois le bébé. Le couple peut aussi connaître une diminution du désir ou de l’envie de ressentir du plaisir en étant si triste.

 

Pour les autres enfants dans la famille, si vous en avez :

Pour ce qui est de la réaction des enfants de la famille, celle-ci dépendra de leur âge et de leur compréhension de la mort. lls sont habituellement plus soucieux du bien-être de leurs parents que de la perte du bébé. Ils peuvent se sentir abandonnés, coupables d’avoir peut-être souhaité la mort du bébé ou anxieux de perdre leurs parents.

 

Pour l’entourage :

L’entourage est souvent mal à l’aise à l’idée de parler de ce sujet  et sont peu conscient de l’impact de cette perte puisqu’ils n’ont eux-mêmes pas connu l’enfant.

Le fait d’être en relation avec d’autres femmes ou couples qui attendent des enfants dans votre réseau peut accentuer les symptômes de tristesse face à la perte et rendre la situation encore plus pénible pour les parents en deuil. Il est important d’y aller à votre rythme afin de reprendre votre vie sociale selon vos capacités, reconnaître vos limites et les respecter autant en face à face, qu’en groupe et via les réseaux sociaux.

La décision d’enfanter à nouveau dépend de chaque couple ou famille. Les parents sont encouragés à choisir le moment qu’ils jugent opportun pour s’engager une nouvelle fois dans l’aventure de concevoir.

Je vous souhaite la réalisation de vos désirs.

Pendant plus de 30 ans, Marie Fortier, MSC, a travaillé comme infirmière spécialisée en périnatalité. En plus d’être la fondatrice de la première plateforme web professionnelle d’accompagnement à la période périnatale, en vidéos et en billets éducatifs sur le site MarieFortier.com, elle est l’auteure du livre ​Mes cours prénataux, tout sur la grossesse, l’accouchement et le retour à la maison. Marie Fortier est titulaire d’un diplôme en techniques infirmières, d’un baccalauréat en soins infirmiers et d’une maîtrise en sciences cliniques. Elle a enseigné au Cégep de Sherbrooke et à l’Université de Sherbrooke pendant plus de 15 ans. Elle a accompagné de nombreux parents à la naissance de leur bébé à la maternité et elle a pratiqué en pré et postnatal à domicile en CSSS. Enfin, elle a terminé sa pratique dans le réseau public de la santé dans un groupe de médecine de famille avec les suivis de grossesse conjoints avec l’équipe médicale et les suivis de santé des jeunes bébés.
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